5 août 2021

Chronique de la gentillesse. Je suis restaurateur.trice.

Par Fulmar Boréal
Aujourd’hui j’ai reçu la visite de gentils gendarmes. J’ai alors compris que mon boulot allait vraiment bientôt devoir s’apparenter au leur. Ils sont gentiment venus m’avertir que d’ici à 10 jours, ils n’hésiteront pas à me coller une belle amende si j’ai l’audace de laisser entrer un client non muni de son PASS sanitaire.
Ils sont si gentils qu’ils sont aussi navrés que moi de la situation. Aussi j’essaye moi aussi de faire preuve d’empathie et de croire que ça ne leur fait pas vraiment plaisir d’exercer leur métier dans ces conditions. Mais du coup je me demande quand même : si moi, en tant qu’individu responsable, capable de réflexion et libre de mes choix, je peux prendre la décision de faire le gendarme à l’entrée de mon établissement ou non, ces gentils gendarmes décideront-ils en leur âme et conscience de me traiter comme un.e criminel.le ?
Restaurateur.trices, hôtelier.es, bistrotier.es, nous passons énormément de temps dans nos établissements. Nous avons de multiples responsabilités et des relations sociales complexes qui induisent pas mal de stress. Notre rythme de travail, décalé et discontinu, tant sur une journée que sur l’année, en particulier à Belle-île où nous subissons nous aussi la saisonnalité et ses évolutions perverses, nous fait passer à côté de bon nombre de moments en famille ou entre amis. Bien souvent tenu.e.s pour responsable des contrariétés des uns et des autres, nous tâchons sans relâche de satisfaire une clientèle qui a de moins en moins conscience de nos réalités et de notre qualité d’être humain, soumis aux aléas de la vie.
Ce que le PASS sanitaire implique pour nos professions, ce sont de nouvelles causes potentielles de conflits.
Si je décide de faire le flic, quid de la personne qui refusera de se soumettre au contrôle ? Vais-je perdre un peu ou beaucoup de clientèle ? Devrais-je forcer mes salariés à se faire vacciner ? Mes amis fréquenteront-ils toujours mon établissement au risque de me mettre en danger ?
Si je décide de ne pas contrôler, quid des clients témoins de ma désobéissance civile ? Vont-ils s’en aller, me dénoncer ?
Si mes gentils gendarmes me pincent en défaut de contrôle, à combien se montera mon amende ? Serais-je emprisonné.e ? Vais-je perdre ma maison, ne plus revoir mes enfants ?derniere phrase un peu tire larmes non?
Quand je constate à quel point nos lieux de vie, de sociabilité et de convivialité sont dévoyés, quand je fais le compte de tout ce que je risque de perdre, rien qu’en faisant mon métier, je suis littéralement assomé.e. Aussi, même si je n’ai pas la volonté de m’opposer, j’ai le besoin viscéral de résister, pour ne pas me perdre dans cette société divisée, aux allures troublantes de dystopie.
Ce que l’on se fait les uns aux autres est de la plus grande importance. Qui veut de cette société de la peur paralysante, moralement violente et qui cultive l’affrontement ? Qui souhaite subir jugements et conflits permanents ? Le COVID fait peur, et c’est  bien naturel d’avoir peur de l’inconnu. Mais cette angoisse, cultivée médiatiquement, et qui dure, nous imprègne à tel point qu’elle nous mène à la rupture des liens et à la fracture sociale. Or, si  le propre de l’être humain est de craindre la maladie et la mort, ne partageons nous pas le même désir de vivre, chacun.e à notre façon ? L’autre, vacciné ou non, n’est pas le danger. Si je ne comprends pas ou ne partage pas ses choix, à minima, je lui dois le respect.
Pour mieux vivre ensemble et faire société à nouveau, pour ne plus être le bourreau de qui que ce soit, j’en appelle à nos humanités, à nos solidarités. J’en appelle à la confiance, à la tolérance et à la bienveillance, à l’acceptation de choix qui ne m’appartiennent pas et que je ne maîtrise pas.
Alors, soyons gentils, laissons nous libres de choisir, d’être et de VIVRE !
Je m’y engage, car je refuse de céder au chantage. Plutôt que l’autoritarisme, je choisis l’altruisme. Je prends la responsabilité de maintenir le lien, coûte que coûte, car c’est par le coeur et l’esprit, que je résisterai !